Parfois j'me dis qu'il y a trop de bave sur le crayon. C'est le moment
où le corps ne supporte plus et où l'esprit déconnecte. Un long
silence vide de sens. On vit une mort qui pour ma part, est
quotidienne. Tout se relâche mais une chose persiste collée au
plafond de ma boîte crâniène, j'ai dû me rendre à l'evidence; les
soucis savent voler. On m'a toujours dis d'être proche de ses
amis, encore plus de ses ennemis mais ce qu'on a oublié de
préciser c'est que la limite est tellement fine, et j'ai jamais été
douée en déduction. Le diable a joué de son dénommé et m'a
caressé la joue en riant, j'crois qu'il aime m'entendre déglutir, je
suis son jouet. Mais la solitude me fait tellement peur que sa
compagnie m'est d'une chaleur intense, mes craintes ont peur
de lui, et vont se cacher dans les armoires, parfois dans les
tiroirs entre mes clopes mal écrasées et les souvenirs
entassés. Maman ne veut plus me bercer ou me raconter des
histoires, il faut dire que mon regard l'effraie, elle ne me
reconnais plus et à vrai dire, je n'sais pas qui j'ai été. Y'a trop
de bave sur le crayon, ça s'est écrasé sur la table. Mes yeux
embués fuient la lumière, mes mains étouffent ma bouche
pour me taire. Y'a quelqu'un qui veut crier sans raison à
l'intérieur. Une autre qui se claque la tête dans le mur de la
salle de bain. J'entend quelqu'un débouler dans les escaliers,
et quelques os craquer. J'ai un rictus sur le visage : j'ai jamais
aimer entendre les squelettes parler.
