"T'es stressée?". Ma jambe bouge névrosément et
j'me mord la lèvre. "J'ai l'air stressée?" "Oui" "Alors
pourquoi tu poses la question, si j'ai l'air stressée
c'est que j'le suis, non?". Il rit. J'trouve pas ça
marrant moi. J'voudrais me lever et retourner la
table, comme ferait dans les films les personnes à
bout, qui en peuvent plus, ce genre de personnage
camé qui se procurerait sa drogue par tout les
moyens. Mais là c'est pas un film, c'est ma vie. Il
m'tripotte la gorge et l'oeil droit. "Tu manges bien?"
"J'ai pas le temps d'manger, j'ai pas le temps, tout
va vite et moi j'cour en faisant tomber des objets,
c'est ma vie qui est en jeu, j'ai pas le temps, tu
comprends, on me l'a pris, on m'a punie.". J'suis
désagréable mais il me connait, il souris et se
retourne. J'aime pas son sourire. C'est toi qui m'a
pris mon temps, salopard? Oui c'est toi dis-moi?
Alors souris pas. C'est malheureux ce que j'subis.
On se serre la main dénué de compassion, "au
revoir, prends soin de toi", j'm'armone un truc et
m'en vais. Les gens me regardent marcher d'un
pas décidé, Rangers, pantalon troué, noir en
abondance sur les yeux et piercings sur la gueule,
j'imagine déja leur préjugés. La pluie s'abbat sur
mon visage, j'peux être décoiffée et non
présentable ça m'importe peu. Plus personne me
voit, plus personne a le temps pour ça, du "chacun
pour sa tronche" à s'en faire péter l'égo. On est
jamais aussi seul qu'un jour pluvieux. les oiseaux
s'abbritent et ne chantent plus, les humains se
tapissent dans leur lit, les insectes tappent au
